mardi 24 mars 2015

"Malcolm X" de Spike Lee (1992) - (critique pour en finir avec le spectaculaire)

  


          La figure de Malcolm X dans le film de Spike Lee n'est pas positive. Sans avoir lu de propos du réalisateur, on peut penser qu'il ne s'agit pas d'une condamnation plus ou moins subtile (même si la volonté de donner à voir les défauts du personnage est évidente – qui n'a pas de défaut ? Et qui accepterait aujourd'hui un pur film de propagande ?) mais de la volonté de montrer l'homme d'exception dans toute son humanité, c'est-à-dire ses défauts. Figure de l'individu rongé par une puissance intérieure qui ne cherche qu'à s'exprimer extérieurement et face aux autres, à bien y réfléchir, le film ne le représente que se coulant dans des moules préconçus qui s'offrent à lui de manière à la fois aléatoire et arbitraire : celle du jeune minet, celle du petit caïd, celle de l'apprenti politicien, enfin celle du sage prophète. Cette dernière, très courte (de son éviction de la Nation of Islam, en mars 1964, à son assassinat en février 1965) semble être la finalité de sa destinée. Il y a un mouvement téléologique (qui se double ici d'un aspect théologique qui fait de Malcolm X un prophète) qui mène du petit bonhomme au Grand Homme, c'est-à-dire à l'homme politique, l'homme civique, à l'homme d’État (à qui l'on dédie enfin une rue à New York) – et il est bon d'insister sur « homme », puisque ce n'est pas à l'égalité de tous que vise Malcolm X, mais à celles des seuls hommes, puisque les femmes doivent demeurer inférieures et soumises comme il est bien précisé – et critiqué – dans le film.
             Mais ce n'est pas suffisant. Il ne suffit pas de montrer l'homme dans ses faiblesses pour le dédouaner de ses erreurs, ou pire, pour l'accréditer dans son rôle de prophète (ou simplement de « Grand Homme »). On en reste à une conception très américaine : un mythe, un modèle, un succès accessible à tous grâce au caractère et à l'effort individuels, grâce à Dieu aussi (n'importe lequel du moment que l'on reste dans le monothéisme), et, au final donc, un encensement du système tel qu'il existe, même si on en reconnaît par ailleurs les défauts et les travers.